Vous êtes expatrié depuis plusieurs années. Votre carrière avance, votre salaire progresse, et votre niveau de vie à l'étranger est confortable. Mais avez-vous regardé votre relevé de carrière sur info-retraite.fr récemment ? Si oui, vous avez probablement constaté des lignes vides. Des années entières sans trimestre validé. Et une projection de pension qui ne couvre même pas la moitié de vos dépenses actuelles.
A savoir :
L'expatriation crée des trous dans votre relevé de carrière - sauf si vous cotisez volontairement à la CFE ou travaillez dans un pays sous convention
Un expatrié peut perdre 30 à 50 % de sa pension retraite à cause des trimestres manquants et de la décote appliquée
Le rachat de trimestres coûte entre 3 000 et 7 000 € par trimestre - et vous ne pouvez en racheter que 12 maximum
L'investissement locatif génère un revenu complémentaire qui compense - voire dépasse - la perte de pension, avec un effet de levier grâce au crédit
Des dispositifs comme le LMNP permettent aux non-résidents de percevoir des loyers faiblement fiscalisés
Avant de parler de solutions, il faut comprendre où vous en êtes. Vos droits à la retraite française dépendent directement du pays dans lequel vous travaillez et de votre statut (détaché ou expatrié au sens juridique).
Si vous travaillez dans un pays de l'Union européenne, de l'Espace économique européen ou en Suisse, vous bénéficiez des règlements européens de coordination. Concrètement, les trimestres cotisés dans un pays membre sont pris en compte pour le calcul de votre durée d'assurance en France.
Cela signifie que :
Vos périodes travaillées en Allemagne, Espagne, Italie, Belgique, etc. comptent pour atteindre le taux plein
Le montant de votre pension française reste calculé uniquement sur les salaires cotisés en France (principe de proratisation)
Chaque pays verse sa propre part de pension au prorata des trimestres cotisés chez lui
Exemple : vous avez travaillé 20 ans en France et 12 ans en Allemagne. La France calcule votre pension sur la base de 20 ans de cotisations françaises, mais considère que vous avez 32 ans de durée d'assurance totale pour déterminer si vous avez le taux plein.
C'est le scénario le plus favorable. Mais attention : la pension versée par chaque pays peut être faible si vos revenus y étaient bas ou si la durée était courte.
En dehors de l'UE, la France a signé des conventions bilatérales de sécurité sociale avec une quarantaine de pays. Ces accords permettent, dans certains cas, de faire reconnaître vos périodes travaillées à l'étranger.
Les principaux pays concernés :
Amérique du Nord : États-Unis, Canada, Québec (accord spécifique)
Afrique du Nord et Moyen-Orient : Maroc, Tunisie, Algérie, Turquie, Israël
Asie : Japon, Corée du Sud, Inde
Amérique du Sud : Brésil, Argentine, Uruguay, Chili
Autres : Australie, Philippines, Cameroun, Sénégal, Mali
Chaque convention est différente. Certaines ne couvrent que la retraite de base, d'autres incluent la complémentaire. Certaines permettent la totalisation des périodes, d'autres uniquement l'export des droits. Vérifiez systématiquement le contenu de la convention applicable à votre pays d'accueil sur le site du CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale).
Si vous travaillez dans un pays sans convention avec la France - et il en reste beaucoup (Émirats Arabes Unis, Thaïlande, Chine hors Hong Kong, Indonésie, Malaisie, Vietnam, la majorité de l'Afrique subsaharienne) - vos années travaillées ne comptent tout simplement pas pour la retraite française.
Pas de trimestres validés. Pas de salaire pris en compte. Rien. Comme si vous n'aviez pas travaillé.
C'est la situation la plus dangereuse. Un expatrié qui passe 10 ans à Dubaï ou à Bangkok sans précaution se retrouve avec un relevé de carrière troué et une pension amputée de plusieurs centaines d'euros par mois.
La CFE permet aux expatriés de cotiser volontairement au régime de retraite de base français, quel que soit leur pays d'accueil. C'est l'assurance anti-trou dans le relevé de carrière.
Ce qu'il faut savoir en 2026 :
Cotisation trimestrielle : entre 900 et 1 800 € par trimestre selon la base choisie (forfaitaire ou proportionnelle au revenu)
Adhésion : dans les 10 ans suivant votre départ de France, sinon les conditions deviennent moins favorables
Effet : valide des trimestres pour la retraite de base de la Sécurité sociale
Limite : ne couvre pas la retraite complémentaire (Agirc-Arrco)
La CFE est un filet de sécurité, mais elle a un coût significatif. Sur 10 ans d'expatriation, comptez 36 000 à 72 000 € de cotisations pour valider vos trimestres de base. Et vous n'obtenez que les trimestres - le montant de la pension dépend de la base de cotisation choisie, souvent inférieure à votre vrai salaire.
La retraite complémentaire représente en moyenne 30 à 40 % de la pension totale d'un cadre. En expatriation, vous ne cotisez plus automatiquement à l'Agirc-Arrco.
Deux options :
Cotisation volontaire via Malakoff Humanis International (anciennement CRE-Ircafex) : permet de continuer à acquérir des points Agirc-Arrco. Le coût est partagé entre employeur et salarié, mais en pratique beaucoup d'employeurs étrangers ne participent pas.
Contrat article 83 ou PER collectif mis en place par votre employeur : certaines entreprises internationales proposent des plans de retraite supplémentaire.
Sans action, vos points Agirc-Arrco stagnent pendant toute la durée de votre expatriation. Le manque à gagner peut représenter 200 à 500 € de pension mensuelle en moins.
Les chiffres abstraits ne parlent pas. Prenons un cas concret.
Profil type : Marc, né en 1970, cadre, expatrié depuis 2008
A travaillé en France de 1992 à 2008 (16 ans - 64 trimestres validés)
Expatrié à Dubaï depuis 2008 (pays sans convention), pas de CFE
Salaire moyen en France : 45 000 € brut/an
Âge légal de départ : 64 ans (réforme retraites 2023, applicable pour sa génération)
Durée requise pour le taux plein : 172 trimestres (43 ans)
Situation à 64 ans (en 2034) s'il ne fait rien :
Trimestres validés : 64 (sur 172 requis)
Trimestres manquants : 108
La décote s'applique : le nombre de trimestres manquants est plafonné à 20 pour le calcul de la décote, soit 20 x 0,625 % = 12,5 % de décote
Pension de base théorique au taux plein : environ 1 100 €/mois
Pension après décote : environ 960 €/mois
Proratisation (64/172) : environ 357 €/mois de pension de base
Pension complémentaire Agirc-Arrco (points acquis avant 2008 uniquement) : environ 280 €/mois
Pension totale estimée : 637 €/mois.
À comparer avec un cadre resté en France avec une carrière complète, qui toucherait environ 2 200 €/mois (base + complémentaire). La perte est de 1 563 €/mois, soit 18 756 € par an.
Sur 20 ans de retraite, c'est 375 000 € de manque à gagner.
Le rachat de trimestres (ou "versement pour la retraite") est une option proposée par l'Assurance Retraite. Elle permet de combler partiellement les trous dans votre relevé de carrière.
Vous pouvez racheter des trimestres correspondant à :
Des années d'études supérieures validées par un diplôme
Des années incomplètes où moins de 4 trimestres ont été validés
Depuis 2015, les expatriés peuvent également racheter des trimestres au titre de périodes d'activité à l'étranger (article L351-14-1 du Code de la Sécurité sociale), sous conditions.
Le coût dépend de votre âge au moment du rachat, de votre revenu et de l'option choisie :
Option 1 - Taux seul : entre 3 000 et 4 500 € par trimestre (améliore le taux de liquidation sans modifier la durée proratisée)
Option 2 - Taux + durée : entre 5 000 et 7 200 € par trimestre (améliore le taux ET la durée)
Limite : 12 trimestres maximum (3 ans).
Faisons le calcul pour Marc :
Rachat de 12 trimestres en option 2, à 50 ans : coût estimé 72 000 €
Gain sur la pension : réduction de la décote + meilleure proratisation
Gain mensuel estimé : environ +120 €/mois
Break-even : 72 000 / 120 = 600 mois, soit 50 ans
Autrement dit : Marc devrait vivre jusqu'à 114 ans pour rentabiliser son rachat. Dans son cas, le rachat de trimestres est une mauvaise opération financière.
Le rachat peut être intéressant quand il vous manque seulement 1 à 4 trimestres pour atteindre le taux plein, et que la décote vous coûte cher. Pour un expatrié longue durée avec de gros trous de carrière, l'investissement locatif est une bien meilleure stratégie.
Si le rachat de trimestres ne suffit pas, comment compenser concrètement une perte de 1 500 €/mois de pension ? La réponse la plus pragmatique : générer un revenu locatif équivalent.
Prenons un investissement réaliste :
Bien : T2 dans une ville moyenne (Rennes, Nantes, Montpellier, Toulouse)
Prix d'achat : 150 000 € (frais de notaire inclus)
Apport : 30 000 € (20 %)
Crédit : 120 000 € sur 20 ans à 3,4 % (taux moyen 2026 pour non-résident)
Mensualité crédit : 690 €
Loyer mensuel : 750 € (rendement brut 6 %)
Charges et gestion locative (8 %) : 100 €/mois
Pendant le crédit : cashflow quasi neutre (750 - 690 - 100 = -40 €/mois). Vous constituez du patrimoine sans effort financier majeur.
Une fois le crédit remboursé (à partir de vos 64-70 ans selon quand vous investissez) :
Loyer perçu : 750 €/mois (réévalué avec l'inflation, probablement 850-900 € dans 20 ans)
Charges et gestion : -120 €/mois
Revenu net : 630 à 780 €/mois
Avec deux biens similaires, vous atteignez 1 260 à 1 560 €/mois de revenus nets - exactement le montant qui manque à votre pension.
Rachat de 12 trimestres : 72 000 € investis pour +120 €/mois à vie (break-even à 50 ans)
Un bien locatif : 30 000 € d'apport pour +630 €/mois une fois le crédit remboursé + un patrimoine de 150 000 € transmissible
L'immobilier offre un effet de levier que le rachat n'a pas : vous investissez 30 000 € mais vous contrôlez un actif de 150 000 €. Et à la fin, vous possédez le bien. Le rachat de trimestres, lui, ne vous donne rien de tangible.
Le statut de Loueur Meublé Non Professionnel (LMNP) est particulièrement avantageux pour les expatriés investisseurs :
Amortissement du bien et du mobilier qui réduit - voire annule - l'imposition sur les loyers pendant 15 à 20 ans
Régime réel simplifié : déduction des intérêts d'emprunt, des travaux, de l'assurance, des frais de gestion
Imposition en France uniquement sur les revenus locatifs (pas de double imposition grâce aux conventions fiscales)
Pas de prélèvements sociaux CSG/CRDS pour les résidents d'un pays UE/EEE/Suisse (depuis la jurisprudence de Ruyter)
Résultat : pendant la phase de crédit, vous ne payez quasiment pas d'impôt sur vos loyers. Découvrez le détail du statut LMNP pour les non-résidents et la fiscalité des revenus locatifs des non-résidents.
Investir depuis l'étranger soulève des questions pratiques légitimes : comment visiter les biens ? Comment obtenir un crédit immobilier en tant qu'expatrié ? Comment gérer un locataire à 8 000 km de distance ?
Définir votre stratégie : objectif de revenu à la retraite, budget, horizon de remboursement du crédit
Obtenir votre financement : certaines banques françaises financent les non-résidents, avec des conditions spécifiques (apport 20-30 %, taux légèrement majoré). Lisez notre guide sur le crédit immobilier pour expatriés.
Sélectionner le bien : privilégiez les villes avec un marché locatif tendu, un bon rendement et une valorisation stable
Mettre en place la gestion locative : un gestionnaire professionnel sur place gère le locataire, les travaux, les quittances
Optimiser la fiscalité : LMNP, régime réel, déclaration des revenus fonciers en tant que non-résident
Trackstone propose aux expatriés des biens déjà loués avec un cashflow immédiat. Pas besoin de chercher un locataire, pas de travaux de mise en location, pas de période de vacance au démarrage. Vous achetez un bien productif dès le jour 1.
Ce modèle est idéal pour préparer votre retraite depuis l'étranger :
Biens sélectionnés pour leur rendement locatif et leur potentiel de valorisation
Locataire en place : revenus dès l'acquisition
Gestion déléguée : vous n'avez rien à gérer au quotidien
Accompagnement fiscal : optimisation LMNP et déclarations non-résident
Découvrez comment investir dans l'immobilier à distance et consultez notre guide complet pour investir dans l'immobilier locatif en France depuis l'étranger.
L'immobilier n'est pas le seul véhicule pour préparer sa retraite. Mais pour un expatrié, il présente des avantages spécifiques que les autres placements n'offrent pas.
Critère | Immobilier locatif | PER (Plan Épargne Retraite) | Assurance-vie | SCPI |
Effet de levier (crédit) | Oui | Non | Non | Limité |
Revenu mensuel régulier | Oui (loyers) | Non (rente à la sortie) | Partiel (rachats) | Oui (dividendes) |
Rendement net moyen | 4 à 7 % | 2 à 5 % | 2 à 4 % | 4 à 5 % |
Accessible aux non-résidents | Oui | Difficile | Oui (Luxembourg) | Oui |
Avantage fiscal expatrié | Fort (LMNP) | Faible (pas de déduction IR pour NR) | Moyen | Faible |
Actif tangible et transmissible | Oui | Non | Oui (clause bénéficiaire) | Oui (parts) |
Protection contre l'inflation | Forte (loyers indexés) | Variable | Faible (fonds euros) | Moyenne |
L'effet de levier change tout. Avec 30 000 € d'apport, vous contrôlez un actif de 150 000 € grâce au crédit bancaire. Aucun autre placement ne permet ça. Et pendant que le locataire rembourse votre crédit, la valeur du bien augmente avec le temps.
Le PER est peu adapté aux expatriés. Son principal avantage - la déduction fiscale à l'entrée - ne fonctionne pas pour les non-résidents qui ne paient pas d'impôt sur le revenu en France. Et le capital est bloqué jusqu'à la retraite.
L'assurance-vie reste intéressante en complément, notamment pour la liquidité et la transmission. Mais elle ne génère pas de revenus réguliers comparables à des loyers, et le rendement des fonds en euros (2 à 3 % en 2026) ne compense pas une perte de pension de 1 500 €/mois.
Les SCPI sont une alternative pour ceux qui veulent de l'immobilier sans gestion, mais le rendement est inférieur à l'immobilier en direct, il n'y a pas d'effet de levier significatif, et la liquidité est limitée.
La stratégie optimale : un ou deux biens locatifs en direct (LMNP) pour le revenu et l'effet de levier, complétés par une assurance-vie luxembourgeoise pour la diversification et la transmission. C'est ce que font les expatriés qui anticipent.
Plus vous investissez tôt, plus le crédit est remboursé tôt, et plus vous profitez de revenus locatifs nets à la retraite. Un expatrié de 35 ans qui investit aujourd'hui avec un crédit sur 20 ans aura son bien intégralement remboursé à 55 ans - soit 9 ans avant l'âge légal de départ à la retraite.
Les 3 actions à mener dès cette année :
Faites le point sur vos droits : consultez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr et identifiez les trimestres manquants
Évaluez l'intérêt de la CFE : si vous êtes dans un pays sans convention, la cotisation volontaire peut valoir le coup pour les trimestres récents
Lancez votre premier investissement locatif : avec un crédit adapté aux expatriés et un bien sélectionné pour le rendement, commencez à construire votre revenu retraite dès maintenant
La retraite d'un expatrié ne se prépare pas l'année du départ. Elle se prépare 15 à 20 ans avant. Et l'investissement immobilier locatif en France reste, en 2026, la stratégie la plus concrète et la plus efficace pour compenser les trimestres perdus et sécuriser son avenir financier.
Consultez notre guide complet de l'investissement immobilier pour expatriés pour passer à l'action.